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…mais avec un privilège !

Le mois d’avril est celui de la fête principale de sainte Waudru, le 9. Mais, c’est aussi celui de la fête de sainte Aye, le 18.

Selon la tradition, Aye était la cousine de Waudru et l’épouse d’Hydulphe. Quand Waudru s’est retirée sur la colline qui, au fil des siècles, est devenue Mons, Aye et son époux l’aidèrent pour l’installation de quelques bâtiments destinés à abriter Waudru et les quelques dames qui l’accompagnèrent alors dans sa retraite. Waudru avait en effet décidé de consacrer la fin de son existence sur terre à la prière et à quelques œuvres de charité.

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A la mort de Waudru (probablement un 9 avril vers 688), Aye, selon la tradition, reprit la direction des quelques personnes qui avaient choisi de vivre la même vie que sa cousine.

Elle dirigera la communauté jusqu’à sa mort, traditionnellement fixé un 18 avril, au début du VIIIe siècle, vers 707/709.

Lors de son décès, ses biens et ceux qu’elle avait reçus en héritage de Waudru (de nombreuses terres) ont été légués à la petite communauté installée par Waudru et confirmée par Aye.

Mais quelques membres de la famille de Aye souhaitaient que ses biens leurs soient attribués.

Un procès s’initia pour déterminer qui était le véritable propriétaire des biens laissés par Aye.

On invoqua alors l’épouse de Hydulphe et elle fit entendre sa voix du fond de son tombeau. Elle confirmait les donations faites à la communauté. C’est en raison de cet épisode « miraculeux » que sainte Aye fut vénérée lors des procès difficiles.

Les reliques de Aye, comme celles de Waudru, furent précieusement conservées à Mons par les chanoinesses qui accordèrent à la « deuxième abbesse », comme elle est présentée sur une pierre tombale, le privilège de voir ses reliques en procession portée par un Car d’Or.

Le chapitre disposait ainsi de deux véhicules processionnels. On peut penser que celui destiné à porter les reliques de Waudru, patronne de la ville et de la collégiale, était plus richement orné que celui destiné aux reliques de sainte Aye. Mais tous les deux, n’étant que des moyens pour processionner les reliques, étaient conservés à l’extérieur de la collégiale (en face de l’entrée nord, en haut de la Rampe Sainte-Waudru).

Le Car d’Or de sainte Aye a disparu lors des troubles de la fin du XVIIIe siècle et seules quelques traces écrites l’évoquent encore dans de vieux ouvrages.

Quant aux restes de sainte Aye, ils avaient été officiellement reconnus par François Buisseret (évêque de Namur de 1601 à 1614, archevêque de Cambrai en 1615) le 17 septembre 1613. Une nouvelle châsse en argent fut ensuite réalisée dans laquelle les reliques de sainte Aye furent déposées en 1617 par François van der Burch (évêque de Gand de 1612 à 1616, archevêque de Cambrai de 1616 à 1644).

Cette châsse d’argent, dont les diverses faces évoquaient des épisodes de la vie de sainte Aye ou certains de ses miracles, a disparu lors des troubles de la fin du XVIIIe siècle.

Seules quelques petites reliques ont été sauvées. Elles furent sécurisées avec le chef de sainte Waudru à Liège de 1794 à 1803. Une fois rentées d’exil, les reliques restèrent environ cinquante ans dans la boîte en carton qui les avait contenues à Liège en même temps que le chef de la patronne de Mons. Ce n’est qu’en février 1854 que Monseigneur Gaspard-Joseph Labis (évêque de Tournai de 1835 à 1872) les reconnut officiellement et les déposa dans l’actuel reliquaire.

Un coffret de bois, sur les deux faces duquel figurent les mots « RELIQUIÆ SANCTÆ AYÆ », est visible par l’ouverture ovale et vitrée pratiquée dans le reliquaire de 1854.

A l’intérieur du coffret de bois se trouve une boîte de carton, recouverte de soie rouge. Le tout est entouré de deux bandes de vélin, disposées en croix et scellées de quatre sceaux aux armes de Mgr Labis.

Un document sur parchemin accompagne les reliques. Il s’agit d’un extrait du procès-verbal de la reconnaissance des reliques de sainte Waudru en 1804. Lors de cette reconnaissance Mgr Hirn, évêque de Tournai de 1802 à 1819, « a trouvé un paquet des saintes reliques de Ste Aye enveloppées dans deux morceaux de taffetas rouge dont le dernier était entouré en forme de croix d’un cordon de soie de même couleur, scellé d’une empreinte de cire rouge à trois endroits et portant une inscription qui ne laissait aucun doute sur l’autenticité (sic) desdites reliques ».

Sous l’extrait du procès-verbal se trouve une note de Mgr Labis : « Après avoir visité attentivement le paquet contenant les reliques de Ste Aye, Nous avons reconnus l’identité de ces Stes reliques, et Nous les avons replacées dans un carton recouvert de taffetas rouge, entouré de deux bandes de vélin en forme de croix, scellées de notre sceau avec de la cire d’Espagne rouge en quatre endroits différents. Tournai le 12 février 1854. + G.J. Evêque de Tournai ».

La boîte contenant encore les reliques est donc bien celle déposée en 1854 par Mgr Labis dans le reliquaire conservé au Trésor de la collégiale.

De nos jours, force est de constater que le souvenir de sainte Aye est assez discret dans la collégiale :

  • une pierre tombale (déambulatoire nord – en face de la chapelle Sainte-Aye), marquant l’emplacement présumé de son tombeau, sur laquelle on peut lire : « SEPULCRUM SANCTÆ AYÆ, SECUNDÆ ABBATISSÆ ILLUSTRI COENOBII SANCTÆ WALDETRUDIS. » ;
  • un retable de 1904, avec en son centre une statue de Sainte-Aye, par C. Goffaerts, dans la chapelle dénommée « Sainte-Aye » ;
  • une représentation, en compagnie de son époux Hydulphe, sur un vitrail de 1894/1897 dans la chapelle de Sainte-Waudru  ;
  • une grisaille sur un revers de volet dans la chapelle Saint-Ghislain (elle y est représentée -identifiée par les mots « Sancta Aya »- avec les saintes Waudru, Aldetrude et Madelberte) ;
  • une représentation sur une dalmatique de la fin du XIXe (identifiée par une inscription « S. AYA O.P.N. ») ;
  • un reliquaire (bois peint et doré – conservé au Trésor) participant encore à la procession et dans lequel se trouvent les reliques reconnues en 1854 par Mgr Labis.

Si sainte Aye a poursuivi le rêve de Waudru d’installer un endroit dédié à la prière et à la charité sur la colline qui est devenue Mons, il faut bien reconnaitre qu’au XXIe siècle sainte Aye est souvent oubliée quand il s’agit de raconter une histoire qui commence avec Waudru au VIIe siècle.

 

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru

et de son Trésor