Views: 305

Sainte Waudru n’est pas contre !

Les processions en hommage à sainte Waudru remontent à un temps immémorial pour lequel nous n’avons que peu de renseignements.

A partir du XIVe siècle, depuis la procession organisée le 7 octobre 1349 pour demander à la sainte Patronne de Mons de faire cesser l’épidémie de peste qui dévastait notre région, nous en savons un peu plus, notamment sur les itinéraires empruntés.

Ainsi, à partir de la Trinité 1352, on sait que le chemin suivi était à peu près le suivant : sortie de la ville par la porte du Rivage ou la porte du Parc (selon les époques), direction les Bruyères de Casteau, retour par le Chemin de la Procession (où un repas était organisé entre autres par les chanoinesses), passage près de l’étang des Apôtres, rentrée en ville via la porte d’Havré et après un passage par la Croix-Place, retour vers la collégiale.

Le tour fut, dès 1354, ponctué par des haltes devant des croix de pierre (arrêt pour la lecture d’un miracle de sainte Waudru). La localisation de ces croix donne une bonne idée de ce qu’était le tour parcouru alors : la première croix se trouvait à proximité de la Porte du Parc ; la deuxième aux Bruyères de Casteau[i] ; la troisième près de l’étang des Apôtres entre les portes de Nimy et d’Havré ; la quatrième sur la Croix-Place ; la cinquième à proximité des Sœurs Grises au Cantimpret. Une sixième croix fut par la suite ajoutée en 1526 dans l’actuelle rue des Sars.

Bien évidemment, en cas de guerre, de mauvais temps, de risques quelconques, il était toujours possible de raccourcir le trajet (quand il n’y avait pas annulation pure et simple de la procession par les chanoinesses).

En 1674, les chanoinesses décident que le tour de la procession sera désormais concentré en ville avec une légère incursion en dehors des fortifications. La réaction de la population en 1674 fut négative et il en reste une trace dans un des couplets du Doudou :

« Les Dames du Chapitre

n’auront pas du gambon,

parce qu’elles n’ont pas fait

el tour d’el procession ».

C’est pourtant ce « petit » tour qui sera suivi jusqu’à la suppression du chapitre en 1794, mais avec des variantes, selon les circonstances.

M.-E.-J. Leclercqz décrit ainsi la procession de 1744 (tout en évoquant le parcours « normal de la procession ») : « Aujourd’hui 31 mai, jour de la Dédicace de cette Ville, la Procession ne sortit point des Portes, tant au sujet de la guerre qu’à cause des grands magasins de pailles, foins et fagots qui sont sur la route, le long des fortifications. Elle ne fit qu’un petit tour : partie le matin à six heures, elle rentra vers les huit heures ; elle descendit près de St. Germain, passa par la Chaussée, fit le tour de la Place, enfila la rue de la Clef et reprit le vieux tour par la route des Houdains (sic). – (Les autres années, la procession sortait par la porte du Rivage et rentrait par la porte d’Havré.) »[ii].

L’année suivante : pas de procession ! Il note : « Aujourd’hui, 13 juin, jour de la Dédicace, on ne fit pas la procession parmi la Ville, mais seulement dans l’Eglise, à cause des chariots de foins et avoines qui sont parmi la Ville et du détachement Anglais qui est ici »[iii].

Pour 1757, il précise : « La Procession de la Ville eut lieu le 5 juin. A cause du temps et de la pluie, la procession fit seulement le tour en Ville, elle se mit en marche à huit heures, parcourut les rue Samson, la Chaussée et la Place ; enfila la rue de Nimy, la rue Verte, la rue du Gouvernement, d’où Madame Royale[iv] la vit de ses appartements ; les rues des Groseilliers, d’Havré, de la Chaussée ; mais au lieu de descendre la Grand’Rue, elle remonta la rue Samson et rentra à Ste. Waudru »[v]. Ce tour de 1757 a probablement été pensé en raison de la présence de « Madame Royale » en sa demeure de la rue du Gouvernement !

En 1758 et en 1759, il mentionne que « la procession fit le grand tour à l’ordinaire »[vi] (c’est-à-dire en passant à l’extérieur des fortifications) mais sans en donner l’itinéraire précis.

On voit donc que l’itinéraire de la procession, du temps du Chapitre, n’était pas figé et que les changements, sans être annuels, étaient très fréquents.

Le 3 juin 1792, nous connaissons le trajet effectué par la procession : « Aujourd’hui, fête de la Sainte Trinité, kermesse de Mons ; la procession ne se fait qu’en ville à cause de la guerre dans ce canton. Elle prend par la rue Samson, la Chaussée, la Place, la rue Verte, la rue du Gouvernement, celle des Groseilliers, d’Havré, du Hautbois et puis le tour ordinaire. Le char d’or y est. Le dragon n’y va pas. Les serments sont sans armes »[vii].

Deux ans plus tard, le 15 juin 1794, une dernière procession fut organisée par le chapitre de Sainte-Waudru. La relation qui en est faite par A.-J. Paridaens est laconique : « Du 15 juin (jour de la Trinité). La procession de la kermesse se fait dans la ville »[viii]. Quelques jours après, les chanoinesses, s’exilant de Mons, mettent en sécurité les reliques de leur sainte Patronne à Liège et à Ratingen pour neuf ans pendant lesquels il n’y eut pas, à Mons, de procession à la Trinité.

En 1804, pour marquer le retour des reliques de sainte Waudru dans la collégiale (dimanche 12 août) une procession est organisée dont l’itinéraire se déroulera exclusivement en ville : rue Samson, rue de la Chaussée, Grand-Place, rue de Nimy, rue Verte, rue de la Biche, rue d’Havré, rue du Hautbois, rue de Houdain, Grand-Rue, rue des Capucins, rue de la Petite Guirlande, rue du Séminaire, rue des Ursulines, rue de la Grosse Pomme et la rampe Sainte-Waudru.

Signalons que, jusqu’au pavage correct de la rampe Sainte-Waudru en 1840, il est souvent arrivé que l’itinéraire de la procession passe par la Croix-Place et retourne à la collégiale via la rue des Juifs, la Grand-Rue, la rue Samson et le haut de la rampe Sainte-Waudru.

La « Montée du Car d’Or », rampe Sainte-Waudru, dans l’enthousiasme populaire n’est donc qu’une réalité très récente par rapport à l’histoire de la procession d’hommage à Sainte-Waudru.

L’itinéraire de 1804 sera donc plus ou moins suivi, avec les restrictions évoquées ci-avant, jusque dans l’entre-deux guerres mondiales. Ainsi, l’itinéraire suivi en 1922 se termine par les rues « de la Petite Guirlande, de l’Athénée, de la Grosse Pomme et rampe Ste-Waudru »[ix].

Ensuite, avant 1933[x], il sera décidé qu’après la rue de la Petite Guirlande, la procession continuera son chemin via les rues Rogier et Léopold, la Place Léopold, la rue de la Houssière, la rue Fétis, le square Sainte-Waudru[xi], pour finir par la rampe Sainte-Waudru.

Cet itinéraire sera légèrement modifié après la deuxième guerre mondiale. En effet, la création du square Roosevelt permettra à la procession de monter la rue de la Houssière jusqu’à la rue de la Grosse Pomme pour gagner directement la Rampe Sainte-Waudru.

Notons, toutefois, que l’itinéraire proposé dans le programme de la procession du 13 juin 1954 et celle du 5 juin 1955 se termine par « Place de la gare ; Rue de la Houssière ; Rue Fétis ; Square Roosevelt ; Rampe Sainte-Waudru »[xii]. Donc, on contournait le nouveau Square Roosevelt pour continuer à passer à l’endroit où se trouvait avant-guerre le square Sainte-Waudru.

Lors de la célébration du 13e centenaire de la mort de sainte Waudru en 1988, la procession comportant plus de groupe que d’habitude, il fut proposé (notamment pour éviter le « croisement » entre la tête de procession et le Car d’Or au carrefour des rue Samson, Grand-Rue, rue des Fripiers, rue de la Chaussée) de modifier une nouvelle fois le parcours et de repasser directement sur le territoire de la paroisse de Messines. Ainsi, après la rue du Hautbois, la procession emprunta la rue de la Halle, le Marché-aux-Poissons, la rue des Chartriers, la Croix-Place, la rue des Juifs, la Grand-Rue pour reprendre « l’itinéraire habituel » via la rue des Capucins. Et l’itinéraire fut depuis maintenu.

En 2022, légère modification mais renouant avec une ancienne tradition : la procession débute par le haut de la rampe Sainte-Waudru permettant à quelques groupes de s’insérer dans la procession en sortant de la collégiale (les autres montant la partie « basse » de la Rampe).  Quant au Car d’Or, il attend désormais Place du Chapitre de pouvoir « entrer en procession »[xiii].

En 2023, en raison des travaux d’aménagement de la Place Léopold, de la rue de la Houssière et du square Roosevelt, la procession retrouve un de ses anciens itinéraires (en partie fermé au public pour des raisons de sécurité). Ainsi, au sortir de la rue de la Petite Guirlande, les rues suivies pour regagner la collégiale seront la rue de l’Athénée (anciennement rue du Séminaire), la rue Fétis (partie de l’ancienne rue des Ursulines), la rue de la Grosse Pomme et la rampe Sainte-Waudru.

L’itinéraire de la procession est donc différent suivant les époques et les circonstances. Le changer n’est absolument pas catastrophique. Passer par tel ou tel endroit n’est pas indispensable. La seule chose qui importe vraiment, c’est que les reliques de sainte Waudru, Patronne de Mons, puissent parcourir la cité montoise sur un Car d’Or, à la Trinité … ou un autre jour !

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru

et de son Trésor

[i] C’est-à-dire à proximité de l’actuel emplacement du SHAPE.

[ii] M.-E.-J. LECLERCQZ, Pour faire suite à De Boussu Mémoires sur l’histoire de la Ville de Mons Capitale du Hainaut 1739 – 1772, Bruxelles, 1870, p. 22.

[iii] Idem, p. 29.

[iv] Il s’agit de Son Altesse Royale la Princesse Anne-Charlotte de Lorraine, abbesse du chapitre de Sainte-Waudru de 1754 (elle est nommée le 13 juillet et prend ses fonctions le 16 novembre) à son décès le 7 novembre 1773. Le portail de ce qui était alors la demeure de la princesse se trouve intégré dans la nouvelle construction réalisée au XXIe dans la rue Notre-Dame Débonnaire.

[v] M.-E.-J. LECLERCQZ, Pour faire suite à De Boussu …, p. 80.

[vi] Idem, p. 82 et 83.

[vii] A.-J. PARIDAENS, Journal historique 1787 – 1794, tome 2, Mons, 1907, p.125.

[viii] Idem, p. 261.

[ix] Bibliothèque Centrale de l’UMONS, Le Progrès, vendredi 9 juin 1922.

[x] L’itinéraire présenté dans la brochure de G. CASY, La Procession du Car d’Or à Mons, Mons, mai 1933, en page 9, après la rue de la petite Guirlande est : « Rue Rogier – Rue Léopold – Place de la Gare – Rue de la Houssière – Square Sainte Waudru – Rampe Sainte Waudru ».

[xi] Le square Sainte-Waudru faisait directement face à l’entrée ouest de la collégiale et n’a disparu qu’à la suite de l’aménagement du square Roosevelt en lieu et place de l’ancien hospice des Incurables (ancien hôtel de Ligne) détruit lors du bombardement du 10 mai 1940.

[xii] Procession de Mons dite du Car d’Or, présentation et commentaires historiques par Henri HENNEBERT, Président du Comité de la Procession du Car d’Or, 13 juin 1954 et 5 juin 1955, p.4.

[xiii] Le but était que tous les participants à la procession puissent voir la châsse de sainte Waudru sur le Car d’Or. Le Car sera mieux placé en 2023 (et surtout libéré du public) afin que le but recherché soit bien atteint.