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Elles sont simples ou alors richement travaillées. Elles sont en bois et en argent, parfois en cuivre/laiton. Elles ouvrent souvent les processions d’entrée lors des célébrations liturgiques. Elles sont légères ou assez lourdes. Les croix de procession témoignent souvent d’une époque ou du souhait des donateurs.

La collégiale Sainte-Waudru possède ainsi quelques croix de procession :

  • une croix de 1595/1596 ;
  • une croix du XVIIe en bois et argent ;
  • une croix du « XVIIe » (christ en argent – bois de la croix refait au début du XXe) ;
  • une croix du XIXe en argent (néogothique) ;
  • deux croix de taille moyenne en cuivre/laiton (probablement du XIXe).

La croix la plus ancienne est dite « de Bourgogne » en raison de son époque et des branches écotées qui s’y découvrent. Le Christ (argent doré) est vraisemblablement une restauration du XVIIe. Cette croix, très précieuse, est exposée tout au long de l’année au Trésor mais est encore utilisée lors de la Ducasse.

Ainsi, elle ouvre les cortèges de descente et de remonte de la châsse de même que les processions d’entrée de la messe du dimanche matin de la Trinité et de celle qui précède la remonte de la châsse. Parfois aussi, elle est utilisée lors des Te Deum organisés (21 juillet et 15 novembre) en la collégiale. Il arrive occasionnellement que, pour la Veillée Pascale, elle soit installée dans le chœur de la collégiale.

La croix la plus utilisée est celle, néogothique, de la fin du XIXe. Elle est en argent. Sa hampe se termine par une base en cuivre tandis qu’elle est jalonnée de deux petits nœuds travaillés en losanges. Un nœud identique dans sa conception mais nettement plus grand se trouve à la base de la croix.  La traverse et le haut de la croix sont rehaussés de feuillages en argent mat.

Les deux faces de la croix sont dorées et parsemées de discrètes représentations végétales en très léger relief. À la croisée de la traverse horizontale, il y avait à l’origine quatre feuilles en argent mat dans le style de celles qui terminent les bras de la croix (seules trois de ces feuilles subsistent aujourd’hui). Depuis quelques années, la croix reste en permanence derrière le maître-autel de la collégiale ce qui permet de sécuriser au Trésor la croix d’autel de 1742 réalisée par De Bettignies ou celle réalisée en 1869 par Lecocq-Martin.

La croix (bois et argent) du XVIIe n’est plus utilisée et reste « endormie » dans une armoire de la sacristie. Le bois de la croix a subi quelques dégradations au fil du temps et certaines parties en argent ne sont plus en place.  Dans son état actuel, la croix n’est plus utilisable.

La croix portant un christ du XVIIe en argent date du début du XXe. Elle est plus petite que les autres et son bois est peint en noir. Elle servait probablement pour précéder le prêtre qui portait le Saint Sacrement à un mourant. Elle était également utilisée lors des cortèges qui conduisaient, après la célébration des funérailles, les défunts au cimetière.

Il est possible que cette croix ait été utilisée en alternance avec les croix en cuivre/laiton, plus ou moins travaillée[i], du XIXe selon la classe de funérailles retenue pour le défunt (il en allait de même avec les ornements de deuil[ii] utilisés selon la classe des funérailles).

Les croix de procession de la collégiale Sainte-Waudru, contrairement à certaines croix mises en dépôt au Trésor, ne contiennent aucune relique de la Croix, généralement présentée sous les pieds du Christ dans un très petit reliquaire vitré ou recouvert d’un cabochon.

La croix dite « Croix abbatiale », propriété de la collégiale Sainte-Waudru, contient certes des reliques de la Croix mais elle ne rentre pas dans la catégorie des croix processionnelles.  En effet, elle était tenue en main et ne devait pas être très visible lors des processions !

On pourrait ajouter à ces croix de la collégiale, celle, archiépiscopale (donc avec deux traverses) destinée au buste de Saint-Hilaire (bois peint de la fin du XVIIIe).  Elle est en cuivre doré et en argent. Elle est l’ultime témoin du buste d’argent du saint détruit à la Révolution française. Cette croix n’est intégrée au buste-reliquaire de saint Hilaire que le dimanche de la Trinité pour la procession dite du Car d’Or.

La collégiale n’est donc pas très riche en croix de procession. Le Trésor de la Collégiale en présente cependant d’autres, anciennes et précieuses, qui sont des dépôts.

Ainsi, la Fabrique de Notre-Dame de Messines a déposé au Trésor, en même temps que le bateau-reliquaire de saint Julien (1776), une croix de procession de 1589 (la date figue sur le quadrilobe dédié à saint Georges). Cette croix est en argent. Sous les pieds du Christ se trouve un reliquaire de la Croix en argent doré tout comme le Christ et le titulus (inscription INRI).

Les quadrilobes de la face avant sont consacrés aux quatre évangélistes.

Ceux de la face arrière sont consacrés à quelques saints « locaux ». Ainsi, le quadrilobe du haut évoque sainte Waudru accompagnée de ses filles ; ceux situés aux extrémités du bras de la croix sont consacrés à saint Sébastien (que l’on voit transpercé de flèches) et à saint Georges (le saint terrassant un dragon). Le quadrilobe du bas est lui consacré à sainte Barbe identifiable à sa tour. Cette présence de sainte Waudru n’est pas étonnante quand on sait que la croix fut réalisée à la demande des chanoinesses pour l’église du Béguinage (dont le mobilier fut en grande partie transféré en l’église de Messines après la Révolution française).

Ce qui est plus remarquable sur cette croix, c’est que les commanditaires de l’œuvre, les chanoinesses, ont associé sur une même œuvre sainte Waudru et saint Georges manifestant de la sorte les interrelations qui existaient, et existent encore de nos jours, entre la procession du Car d’Or et le Lumeçon.

Jadis propriété des Sœurs Noires, le Trésor présente (dépôt des FUCaM – UCLMons – Trésor des Sœurs Noires) une croix de procession de la fin du XVIe (1580).  Elle est en argent appliqué sur âme de bois.  Sous les pieds du Christ, dans un médaillon ovale fermé par du verre, une relique de la croix est fixée et semble portée par deux angelots en argent doré aux ailes éployées. Trois quadrilobes, au centre desquels se trouvent des pierres de couleurs (une n’est plus en place sur l’arrière), terminent la traverse et le haut de la croix. Un dernier quadrilobe se trouve au centre de la face avant de la croix légèrement au-dessus de la tête du christ. L’inscription « INRI », le christ, les angelots et le médaillon destiné à la relique de la croix sont en argent doré ; le reste de la croix est en argent dont les deux faces sont parsemées de rinceaux végétaux travaillés au repoussé.

La croix issue des collections des anciens musées Chanoine Puissant est également en argent appliqué sur âme de bois.  L’argent y est travaillé au repoussé et en gravure. Sur les quadrilobes de la face avant, tout comme sur ceux de l’arrière, sont attachés des médaillons consacrés aux quatre évangélistes (ils ne sont pas placés dans le même ordre des deux côtés). Sur la face avant, le centre est évidemment occupé par une représentation du Christ en argent.  La face arrière porte en son centre une représentation de la Vierge, debout, les mains jointes sur la poitrine, qui semble réalisée dans une technique similaire à celle utilisée pour les médaillons dédiés aux évangélistes. Cette croix richement travaillée, mais dont quelques éléments manquent, ne contient pas de relique.

La Fabrique de Sainte-Élisabeth a, quant à elle, déposé au Trésor une petite croix de procession (cuivre sur hampe de bois) qui devait servir pour les funérailles ou les déplacements du prêtre portant le Saint-Sacrement aux mourants. Le Christ est fixé au centre de la croix dont les extrémités se terminent par une feuille stylisée. Les deux faces de la croix sont en laiton poli.

Il fut un temps où, dans la procession du Car d’Or, les groupes de chaque paroisse étaient précédés par la croix de procession paroissiale. De nos jours, deux croix de procession seulement sont encore présentes, assez proches l’une de l’autre : celle en argent de la paroisse de Messines (1589) et celle en bois polychrome des Beubeux.

Les croix de procession restent donc utilisées à l’intérieur des églises pour les processions d’entrée et de sortie des offices.  Un peu moins pour les processions en extérieur. Mais elles restent, quoi qu’il arrive, des témoins artistiques d’une époque mais surtout des signes pour les communautés paroissiales qui les suivent en procession.

 

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru

et de son Trésor

 

[i] Celle conservée au Trésor est la plus travaillée des deux.  Le Plaque « INRI » est soutenue par un ange et le nœud situé à la base de la croix est accosté de deux anges et orné en son centre de deux cœurs enflammés l’un portant une couronne d’épine et l’autre d’un glaive.  Dans les flammes du cœur de gauche, une croix se devine.

[ii] Chapes, chasuble, dalmatiques, étoles, … avec des broderies plus ou moins riches selon l’état choisi pour les funérailles.