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Il fut baptisé en la collégiale Saint-Germain le 23 novembre 1675 (l’orthographe des citations qui suivent est corrigée par rapport aux documents originaux) :
« Le 23 à 2 heures et demie après midi Claude Joseph Betignies fils de Pierre Noel et de Jenne de Hurges. Parrain Mr Claude Antoine Bettignies prêtre [?] marraine Marie Jenne de Hurges au nom de Jenne Haÿet »[i].
Ses funérailles furent célébrées en la collégiale Saint-Germain le 12 juin 1740 :
« le douze l’enterrement de Claude Joseph de Bettignies veuve (sic) à l’état de Bourgeois ouverture de terres chaussée fl 18 »[ii].
Il avait épousé Jeanne Marie Gissart en l’église Saint-Nicolas-en-Havré le 11 août 1699 :
« Le 11 août 1699 sont mariés Claude Joseph Bettignies et Janne Marie Gissart Témoins Pierre Noel Bettignies et Marie Bernage »[iii].
L’épouse de Claude Joseph de Bettignies était décédée avant lui le 30 mars 1734. Ses funérailles avaient été célébrées en la collégiale Saint-Germain :
« le trente l’enterrement de Jeanne Marie Gissart épouse à Claude Joseph de Bettignies à l’état de Bourgeois ouverture de terre à la chaussée flam 18 »[iv].
Le couple avait eu au moins sept enfants, tous baptisés en la collégiale Saint-Germain :
- Pierre François, le 4 octobre 1700 (enterrement le 1er mai 1765 en la collégiale Saint-Germain – le 23 janvier 1722, en Saint-Germain, il avait épousé Marie Magdelaine Demoittemont qui est décédée en octobre 1746 – funérailles en Saint-Germain le 21 octobre) ;
- Pierre Joseph, le 14 juillet 1702 (enterrement le 11 mars 1778 en la collégiale Sainte-Waudru – lors de son décès, il était l’orfèvre du chapitre de Sainte-Waudru) ;
- Jean Baptiste, le 22 août 1704 (décédé en Italie [v] où il se perfectionnait dans l’art de la sculpture) ;
- Mathieu Joseph et Marie Ignace Caroline, le 7 octobre 1706 ; dans le registre des Actes de sépultures et décès d’enfants de la paroisse Saint Germain, on lit pour un des deux enfants sans précision des prénoms : « Octobre 1706 le 22 l’enfant Bettignies moyen état »[vi]. L’un des deux serait donc mort quelques jours après sa naissance.
- Marie Françoise, le 31 janvier 1709 (enterrement le 27 août 1752 en la collégiale Saint-Germain – elle était au moment de son décès « à marier ») ;
- Sainte (probablement parce que son parrain se prénommait Toussaint) Catherine Ursule, le 26 novembre 1711 (enterrement le 7 novembre 1746 en la collégiale Saint-Germain – elle était à son décès « fille à marier »).
Mais que reste-t-il dans la collégiale Sainte-Waudru de l’œuvre de Claude-Joseph de Bettignies ?
Nous savons qu’il a réalisé en 1699 (approbation de son plan en séance capitulaire le 17 octobre 1699), mais utilisé pour la première fois en 1700, un nouveau Car d’Or à la demande des chanoinesses de Sainte-Waudru (Car d’Or dont quelques parties [des angelots] ont, semble-t-il, été intégrées/conservées parmi les treize angelots de l’actuel Car d’Or réalisé/reconstruit en 1780/1781). Le travail et la réputation de Claude Joseph de Bettignies devaient être remarquables pour que les chanoinesses lui confient, alors qu’il n’a pas encore 25 ans, la réalisation de leur nouveau Car d’Or.
Henri Hennebert, dans un article consacré au Car d’Or[vii] en 1945, cite la résolution capitulaire du 17 octobre 1699 : « Conclu de faire construire un nouveau char d’or suivant le dessin présenté au chapitre par Claude-Joseph Bettignies, maître sculpteur autorisant leurs officiers de faire un projet de contrat avec le dit Bettignies à cet effet, pour en faire représentation au chapitre ». Dans le même article, Hennebert signale que de Bettignies a reçu « à compte de la convention 466 Livres 13 sous le 16 décembre 1699, 283 Livres 13 sous le 10 mars 1700 et 33 Livres 10 sous le 24 mars 1700. Il ajoute qu’une somme de 40 livres lui a été payée le 9 juin 1700 « pour autre adjonction faite au dit char d’or par ordre de mes dames chanoinesses ».
De son travail, outre les éventuels angelots conservés sur le Car d’Or, la Collégiale conserve une œuvre presque entière (il manque les statuettes qui la décoraient), pensée à l’origine pour une autre église ! Ainsi, même si elle n’est plus utilisée depuis longtemps, l’ancienne Chaire de Vérité de la collégiale Saint-Germain, œuvre de Claude-Joseph de Bettignies, probablement transférée à Sainte-Waudru au tout début du XIXe siècle, est désormais visible dans la nef de la collégiale gothique. Et c’est tout ce qui subsiste de cet artiste des XVIIe et XVIIIe siècles dans Sainte-Waudru.
Les œuvres architecturales de Claude-Joseph de Bettignies à Mons sont à chercher ailleurs :
- La chapelle des Ursulines (actuelle artothèque au Square Roosevelt) ;
- La chapelle des Visitandines (actuel MUMONS à la Place du Parc) ;
- Le collège de Houdain (aujourd’hui la Faculté Polytechnique de l’UMons, rue de Houdain) ;
- Les parties reconstruites après l’incendie de 1714 de l’église Sainte-Elisabeth et son campanile (Claude-Joseph de Bettignies garde les éléments de l’église gothique consacrée en 1588 sur lesquels il rebâtit l’église telle qu’elle est encore au XXIe siècle).
- Il faut aussi évoquer le maître-autel des Ursulines, réalisé par Claude-Joseph de Bettignies, acheté dans les années 1950 par la Fabrique de Sainte-Elisabeth et qui est toujours bien visible dans l’église de la rue de Nimy.
- La partie centrale de l’ancien maître-autel de Sainte-Elisabeth, conservée dans la première chapelle à droite quand on entre dans l’église, est probablement un travail du même artiste.
La Collégiale, si elle ne possède qu’une œuvre de Claude-Joseph de Bettignies, possède cependant quelques œuvres réalisées par des membres de la famille de Bettignies[viii].
De Pierre-Joseph de Bettignies[ix], fils de Claude-Joseph et nommé orfèvre du chapitre en 1750, la Collégiale conserve les œuvres suivantes reprises dans l’inventaire du Trésor :
- Une croix d’autel monumentale de 1742 (c’est la croix, conservée au Trésor, qui est placée sur le maître-autel pour les grandes cérémonies : Pâques, les Te Deum et les cérémonies de la Ducasse) ;
- Un ostensoir-soleil du 2e quart du XVIIIe (cet ostensoir a été, selon inscription gravée, donné « A LA PAROISSE DE STE WAUDRU PAR MADAME DE MASNUY NEE SECUS EN 1807 », ce qui peut laisser penser qu’il n’a pas été réalisé à l’origine pour le chapitre de Sainte-Waudru, à moins qu’il ne s’agisse d’une pièce sauvée à la Révolution française dont Mme De Masnuy se serait constitué la dépositaire).
Le fils de Pierre-Joseph, donc le petit-fils de Claude-Joseph, Antoine-Constant Joseph de Bettignies[x] (26 mai 1736 [baptisé le 27 en Saint-Germain] – 22 février 1814) verra aussi son talent reconnu par les chanoinesses. Il sera ainsi nommé orfèvre du chapitre de Sainte-Waudru en 1784 (dans la mention de son enterrement, il est encore présenté comme orfèvre).
De Antoine Constant, la collégiale conserve trois pièces réalisées simultanément à la demande du Chapitre (l’encensoir et la navette sont mis en dépôt à l’artothèque depuis 2015) :
- Un calice daté de 1787 qui est, selon inscription, un « PRESENT FAIT PAR LE CHAPITRE DE STE WAUDRU LE 17 OCTOBRE 1787 ».
- Un encensoir en argent sur lequel figure (tranche du pied) la même inscription que sur le calice.
- Une navette à encens sur la tranche du pied de laquelle est gravé le même texte
Ainsi, les de Bettignies furent une véritable dynastie artistique, mais il faut bien constater que les œuvres qu’ils ont créées ne sont plus très nombreuses dans la collégiale Sainte-Waudru. Du Broeucq a finalement eu plus de chance que les de Bettignies, du moins à Sainte-Waudru !
Benoît Van Caenegem
Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru
et de son Trésor
[i] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Actes de baptêmes Mons: Saint Germain (1674 – 1681), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01744_000/0_0063
[ii] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Actes de sépultures et décès Mons: Saint Germain (1729 – 1755), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01815_000/0_0105
[iii] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Actes de mariages Mons: Saint Nicolas-en-Havré (1664 – 1771), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01890_000/0_0111
[iv] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Actes de sépultures et décès Mons: Saint Germain (1729 – 1755), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01815_000/0_0049
[v] DEVILLERS Léopold, Le passé artistique de la ville de Mons, Mons, 1880, p. 56.
[vi] AGATHA, Archives de l’Etat en ligne, Actes de sépultures et décès d’enfants Mons: Saint Germain (1703 – 1734), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01819_000/0_0009
[vii] HENNEBERT Henri, Le « Car d’Or » actuel est-il l’œuvre de Claude de Bettignies ?, dans Annales du Cercle archéologique de Mons, tome 58, Gembloux, 1945, p.179 (pour la convention de 1699) et 185 (pour les comptes 1699 et 1700).
[viii] Les autres paroisses de Mons possèdent quelques œuvres réalisées (entièrement ou en partie, c’est le cas pour la masse de la paroisse Sainte-Elisabeth) par des membres de la famille de Bettignies.
[ix] Pierre Joseph de Bettignies avait épousé en la collégiale Saint-Germain le 8 juillet 1727 Anne Philippe Joseph Le Duc. Cette dernière, baptisée en la collégiale Saint-Germain le 12 mars 1705, est décédée avant Pierre Joseph de Bettignies. Son enterrement s’est déroulé en la collégiale Saint-Germain le 20 novembre 1746.
[x] Il avait épousé Caroline Thérèse Joseph Dethuin en la collégiale Sainte-Waudru le 17 juillet 1767.