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Françoise-Anne de Gavre et Walburge de Vignacourt : chanoinesses de Sainte-Waudru !
La chapelle Sainte-Croix de la collégiale Sainte-Waudru conserve la dalle funéraire de la chanoinesse Françoise Anne de Gavre (selon les actes ou mentions, ses prénoms ne sont pas toujours donnés dans l’ordre de l’acte de baptême qui est bien « Françoise Anne »). Qui était-elle ? Et que peut-on connaître des habitudes des chanoinesses à partir d’elle ?
Ainsi, elle est baptisée le 24 août 1636 à Bruxelles en l’église Saint-Jacques-sur-Coudenberg (c’est probablement aussi le jour de sa naissance). Elle a pour parrain François Joseph Désiré comte de Nassogne et pour marraine Françoise de Gavre, veuve d’Alexandre marquis de Malespine[i].
Fille légitime de Rasse de Gavre, chevalier, marquis d’Aiseau et d’Anne de Velasco, Françoise Anne de Gavre, fut désignée chanoinesse de Sainte-Waudru par lettres, datées du 4 janvier 1648, de Philippe, roi de Castille. Elle recevait alors la prébende vacante par la mort de la chanoinesse Isabelle Hay. Sa réception au chapitre fut organisée le 23 juin 1648.
Outre ses occupations de chanoinesse, Léopold Devillers nous apprend, dans les Analectes montois publiés en 1865, qu’elle participait, avec onze autres chanoinesses de Sainte-Waudru et parfois une chanoinesse de Maubeuge, au « Cercle de l’hôtel de Vignacourt » (rue Terre du Prince ou rue de Naast), Mme de Vignacourt étant alors première aînée du chapitre de Sainte-Waudru.
Un document, écrit vers 1650 selon Devillers (qui n’a pu en découvrir l’auteur écrit-il) permet d’établir une liste des chanoinesses qui participaient à ce salon. Il est intitulé « Aux Dames de la Bande » et contient, outre la présentation de quatorze chanoinesses, un encadré intitulé « LES LOIX DE LA PLUS BELLE, NOMPAREILLE, ET TRIOMPHANTE BANDE, DE CHEZ MADEMOISELLE DE VIGNACOUR, &C. ».
Les chanoinesses ont chacune droit à une strophe, sauf Walburge de Vignacourt, chez qui se tenait le Cercle, qui a droit à deux strophes de même que, selon Léopold Devillers, Isabelle-Claire-Eugénie de Wiltz.
Les chanoinesses évoquées sont :
- Marie-Françoise de Berghes, née le 8 mai 1633 et reçue au chapitre le 20 juin 1641 ;
- Marie de Rubempré de Bièvre, reçue au chapitre le 21 juin 1650, à 8 ans ;
- Marie-Eléonore de Wiltz, dite de Chemilly, reçue au chapitre le 23 juin 1646, à 7 ans ;
- Hélène de Brias d’Ernicourt ou de Harnicourt, reçue au chapitre le 1er mai 1644, à 10 ans ;
- Françoise-Anne de Gavre dite d’Ayseau, reçue au chapitre le 23 juin 1648 ;
- Angélique de Berghes de Grymberghe, reçue au chapitre le 14 juin 1638, à 7 ans ;
- Honorine-Marie de Bette dite de Lede, née le 3 décembre 1636 et reçue au chapitre le 22 juin 1646 ;
- Anne-Madeleine de Noyelles dite de Marles, née le 5 février 1624 et reçue au chapitre le 23 juin 1634 ;
- Anne-Hélène de Wignacourt d’Ourton, reçue au chapitre le 22 juin 1593, à 7 ans ;
- Madeleine de Montmorency de Robecque, reçue au chapitre le 23 mai 1638, à presque 9 ans ;
- Ernestine de Velasco dite de Salazar, née le 12 août 1633 et reçue au chapitre le 3 décembre 1645 ;
- Mademoiselle de La Hamaide dite de Trivières (chanoinesse de Maubeuge)[ii];
- Walburge de Vignacourt, première aînée du chapitre de Sainte-Waudru, reçue au chapitre le 22 juin 1597 ;
- Isabelle-Claire-Eugénie de Wiltz, née le 23 avril 1631 et reçue au chapitre le 17 mars 1643. Elle quitte le chapitre, avant le 22 mars 1658 (date à laquelle sa prébende est réattribuée), pour entrer chez les Carmélites de Mons[iii].
La strophe dédiée à Mme de Gavre (avec l’orthographe d’époque) ne donne pas une image très « religieuse » de la chanoinesse :
« Les doux efforts que promettent vos yeux
Font esperer des charmes glorieux,
Gentille ESAUX vous faites bien parètre
Que possedans des appas innocens,
L’âge et l’amour forceront de connètre
Que jeune encor on captive les sens ».
Les deux strophes dédiées à Mme de Vignacourt la présentent avec juste un peu plus de réserve :
« Esprit puissant, prudente VIGNACOUR
Chez qui l’hōneur vient establir sa Cour,
Souffrirez vous qu’en faveur de la Bande
Je fasse voir au reste des mortels
Que dans ces Loix où la gloire commande,
La vertu mesme y trouve des Autels »
« Les doux effects d’une roulante voix
Ne pouvās moins que nous dōner les loix,
Considerez VIGNACOURT sans pareille
Qu’imitant bien le langage des Cieux
Par vostre chant vous ravissez l’oreille
Et vos appas conquestent par les yeux ».
Ce « Cercle de l’hôtel de Vignacourt » éloignait les chanoinesses des préoccupations liées directement au Chapitre. Et pourtant les Dames de Vignacourt et de Gavre sont restées au Chapitre et y sont décédées.
Vu l’année de naissance et celle de réception de certaines des chanoinesses évoquées (notamment Marie de Rubempré de Bièvre) , il semble peu vraisemblable que le document évoqué plus haut date de 1650. Il serait plus juste de le dater entre 1655/1660 et 1668 (date du décès de la chanoinesse aînée). A moins qu’il ne s’agisse d’un document nettement plus tardif !
La première aînée, Walburge de Vignacourt, est en effet décédée le 1er octobre 1668 :
« Octobre [1668] Le 1er Mademoiselle Walburge de Vignacourt première aînée de ce noble et illustre chapitre l’espace de 28 ans »[iv].
Les lettres de prébendes lui avaient été octroyées le 7 mai 1597 et elle avait été reçue au chapitre le 22 juin 1597, âgée de 8 ans et demi[v]. Le 13 septembre 1617, en assemblée capitulaire, tout comme les autres chanoinesses, elle signe les statuts [mis à jour] du chapitre qui seront ratifiés par les archiducs Albert et Isabelle le 27 septembre de la même année.
Le 4 juillet 1665, Walburge de Vignacourt est rappelée à l’ordre par un « Décret de Sa Majesté, portant que la dame aînée du chapitre de Sainte-Waudru doit se conformer à la pluralité des voix des quatre aînées, lorsque celles-ci représentent le chapitre, et aux décisions de celui-ci »[vi]. Elle prenait probablement trop de décisions seule agissant en tant que première aînée du Chapitre.
La prébende de Walburge de Vignacourt fut réattribuée, le 14 décembre 1668, à Anne-Françoise-Waudru de Gavre, qui fut reçue au Chapitre le 28 du même mois[vii]. Elle quittera le Chapitre pour se marier le 18 mars 1685 avec François-Hyacinthe de Lannoy. Sa tante Anne Françoise de Gavre, la chanoinesse dont la dalle funéraire est conservée en la collégiale, sera témoin de la signature du contrat de mariage la veille du mariage religieux[viii].
Un an et sept jours plus tard, elle achevait son existence terrestre à Mons, chanoinesse depuis 38 ans.
« Le 25 [mars 1686] est morte Madame Anne Françoise de Gavre dite d’Ayseaux Chanoinesse du noble et illustre chapitre de Ste Waudru enterrée le lendemain à la chapelle de la Ste Croix »[ix].
Sa dalle funéraire, rarement regardée, se trouve toujours dans la chapelle où elle fut inhumée et porte le texte suivant (avec l’orthographe de l’époque) :
ICY GIST TRES NOBLE ET TRES
ILLUSTRE MADEMOISELLE ANNE
FRANCOISE DE GAVRE CHANONESSE
DE CET ILLUSTRE CHAPITRE FILLE
DE TRES HAUT ET PUISSANT
SIEGNEUR MESSIRE RASE DE
GAVRE MARQUIS DAYSEAU CHEF
DE FINANCE DE SA MAIESTE
GOUVERNEUR DE CHARLEMONT
LAQUELLE AIANT MENE UNE
VIE FORT EXEMPLAIRE AU SERVISCE
DE DIEU ET DE SA PATRONNE
STE WAUDRU ET TEMOIGNE UN
ZELE TOUT PARTICULIER A LA
DECORATION DE CETTE EGLISE
ET PARTICULIEREMENT DE
CETTE CHAPELLE OU ELLE AT
FONDE DEUX SALUT ANNUELLES
EN L’HONNEUR DE STE CROIX
ET UNE RENTE POUR
LENTRETENEMENT DU LINGE
DE CET AUTEL EST DECEDEE CE
25 MARS 1686 PRIEZ DIEU POUR
SON AME
En conclusion de ces regards sur deux chanoinesses, Mme de Gavre et Mme de Vignacourt, il faut admettre que les chanoinesses montoises, dont le règlement permettait la sortie du Chapitre pour se marier, avaient donc ce qu’il convient d’appeler une vie mondaine. Vie mondaine qu’elles menaient, bien évidemment, en dehors des activités de prières, de charité et de mise en valeur de leur Patronne, sainte Waudru.
Benoît Van Caenegem
Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru
et de son Trésor
[i] AGATHA, Actes de baptêmes Bruxelles / Brussel: Saint Jacques sur Coudenberg (1630 – 1638), https://agatha.arch.be/fr/data/images/541/541_9998_998_00302_000/0_0209_r
[ii] Thomas Delvaux, dans son travail Les chanoinesses de Maubeuge Souvenir de parchemins, tome 3, Arras 2021, cite aux pages 26 et 83 une chanoinesse « N. de la Hamayde de Trivières » sans disposer de sources permettant de la dater exactement.
[iii] Les dates de naissance et de réception pour les chanoinesses de Sainte-Waudru sont reprises dans : DEVILLERS Léopold et MATTHIEU Ernest, Chartes du Chapitre de Sainte-Waudru de Mons, tome 4, Bruxelles 1913
[iv] AGATHA, Actes de sépultures et décès Mons : Sainte Waudru (1626 – 1711), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01958_000/0_0165
[v] DEVILLERS Léopold et MATTHIEU Ernest, Chartes du Chapitre de Sainte-Waudru de Mons, tome 4, Bruxelles 1913, page 298, n° MMCCXCII.
[vi] DEVILLERS Léopold et MATTHIEU Ernest, Chartes du Chapitre de Sainte-Waudru de Mons, tome 4, Bruxelles 1913, page 528, n° MMDCXXXIII.
[vii] DEVILLERS Léopold et MATTHIEU Ernest, Chartes du Chapitre de Sainte-Waudru de Mons, tome 4, Bruxelles 1913, page 543, n° MMDCL.
[viii] L’acte de mariage original, dans les registre de la paroisse Saint-Martin d’Aiseau (Aiseau-Presles), a été détruit lors de la première guerre mondiale en 1914. M. DE VEGIANO dans Nobiliaire des Pays-Bas et du Comté de Bourgogne, Gand, 1865, P. 2097-2098, a donné copie d’un extrait du contrat de mariage en mentionnant les témoin, dont la « très noble et très illustre damoiselle mademoiselle Anne-Françoise de Gavre, aussi chanoinesse du dit chapitre ». .
[ix] AGATHA, Actes de sépultures et décès Mons : Sainte Waudru (1626 – 1711), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01958_000/0_0237