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La collégiale Sainte-Waudru conserve deux verrières anciennes dont le thème iconographique est l’Assomption[1].

 

 

 

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La plus ancienne des deux se situe dans la partie haute du chœur (côté sud). Elle date du début du XVIe et fut offerte par Guillaume de Croÿ et son épouse Marie-Madeleine de Hamal.

La seconde se trouve dans la nef sud. Elle date du XVIIe et fut donnée par Jean de Buzignies, Jeanne Marusart et Suzanne van der Haegen. Cette verrière fut fortement restaurée / recomposée en 1965 par le verrier Crick sur des cartons de Maurice Hizette.

Ces deux œuvres nous montrent Marie au moment où elle est « enlevée » au ciel afin que son corps ne connaisse pas la corruption de la mort.

Une autre verrière de la collégiale, celle du transept (façade Nord) nous présente la même scène dans sa version orientale ; il s’agit alors de la Dormition de la Vierge. Marie, entourée des apôtres, s’endort paisiblement quittant le monde des hommes. Cette verrière, don de la ville aux chanoinesses, date de 1523.

Le retable de Féries (chapelle 22) présente également, en sa partie inférieure, une assomption, au-dessus de laquelle se trouve la représentation de Marie couronnée par la Trinité. Ce dernier thème se retrouve sculpté sur un panneau, provenant de la collégiale Saint-Germain, conservé et présenté dans la chapelle dédiée à Saint-Hilaire.

Mais si ces œuvres évoquent le 15 août, il en est d’autres, sans vouloir les citer toutes, qui mettent Marie en évidence tout au long de l’année.

La première, la plus vue peut-être de la collégiale quand il est question des représentations de Marie, est située dans la chapelle dédiée à saint Eloi (chapelle 7) : Notre-Dame de Grâce. Voici ce qu’en dit Léopold Devillers dans son mémoire de 1857 quand la statue occupait encore une place dans le transept de la collégiale : « La statue, en pierre, de N.-D. de Grâce … faisait partie de celles qui se trouvaient dans les niches extérieures derrière le chœur. Cette madone était déjà vénérée, à cette époque. Chaque samedi et chaque jour de fête de la Sainte Vierge, un cierge brûlait en face de son image. Le 25 juin 1606, le chapitre ordonna au receveur de la fabrique « de payer les frais d’ung capiteau et fermeture de bois de la Vierge Marie posée dehors l’église, au-devant de l’église S.t Germain, jusqu’à la somme de dyx livres tournois ». Ainsi mise à l’abri des injures du temps, la statue de N.-D. fut conservée intacte, et après avoir été sauvée pendant les mauvais jours de la fin du XVIII.e siècle, elle fut réintégrée dans l’église, lors de la restauration du culte. Mais par un excès de tendresse, des personnes pieuses la firent argenter, ce qui gâte un peu son aspect » [2].

Une deuxième statue de la Mère du Christ est présente dans la chapelle de semaine. Il s’agit d’une statue de Marie, Vierge de l’Immaculée Conception écrasant un serpent, signée « JBte LOOR 1858 ». Jean-Baptiste Loor est né à Mons le 10 janvier 1824 et est décédé à Nivelles le 18 octobre 1888.

Sa statue de Marie est accompagnée depuis 2016[3] dans la chapelle de semaine par une autre de ses œuvres consacrée, elle, à saint Joseph (statue également signée « JBte LOOR 1858 »). Ce sont donc deux œuvres d’un artiste montois qui « encadrent » l’autel de la chapelle de semaine de la collégiale.

En parcourant la collégiale, on s’aperçoit que plusieurs chapelles y sont dédiées à Marie : Notre-Dame de Tongre (chapelle axiale – n°15, retable et verrière), Notre-Dame d’Alsemberg (chapelle 25 – retable et statue), Notre-Dame du Rosaire (chapelle 29, verrière), Notre-Dame des Sept Douleurs (chapelle 16, retable et verrière). Dans la chapelle « paroissiale » (n°28), l’autel est dominé par une statue de Marie sculptée par Emile Hoyaux[4].

Mais Marie est également présente sur six taulets (chapelles 2, 3, 5, 27 et 28). Les défunts y sont généralement conduits vers une représentation d’une Vierge à l’Enfant par leurs saints patrons, aisément identifiables grâce à un objet caractéristique. Et elle apparaît en tant que Notre-Dame des Victoires dans une verrière de 1888 (chapelle 28).

Le « monogramme » de Marie figure, quant à lui, sur une des clefs de voûte du chœur et une clef du transept figure une femme vêtue d’un manteau de soleil sur un croissant de lune. Cette iconographie s’inspire du livre de l’Apocalypse de Jean (12,1) où on lit : « Un grand signe apparut dans le ciel : une femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles ». La liturgie fait lire ce texte biblique en référence à Marie lors de la messe de l’Assomption[5].

Quelques sculptures consacrées à Marie ont malheureusement disparu avec le temps : Notre-Dame de Toute-Puissance[6], Notre-Dame du Mont-Carmel.

Plusieurs peintures, que vous trouverez facilement en visitant la collégiale, évoquent des scènes où Marie est présente : l’éducation de la Vierge ; la Sainte-Famille ; l’Adoration des Bergers ; la Visitation ; Notre-Dame du Rosaire ; l’apparition du Christ à Marie ; le « Sacrilège de Cambron » ; la Descente de Croix ; la Crucifixion.

Le Trésor conserve, dans l’ancienne salle capitulaire, quelques représentations de Marie qui ne sont pas liées à l’Assomption, parmi lesquelles et sans être exhaustif : une statuette en ivoire, deux statues de bois polychromés (XVIe)[7] ; une statue polychrome du XVIIIe[8], une masse ainsi qu’un « reliquaire » de Notre-Dame de Tongre ; une Annonciation (par Du Broeucq au XVIe), … Sans oublier les diverses représentations de Marie conservées dans le livre d’heures (fin du XVe – début du XVIe) propriété de la Fabrique de Sainte-Waudru[9].

A tout ce qui précède, il est possible d’ajouter, même si elles ne sont plus utilisées ou exposées[10], les bannières des confréries de Notre-Dame de Tongre, Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame d’Alsemberg, soit les trois confréries dont les statues richement vêtues et parées d’argent participent à la Procession de la Trinité, dite du Car d’Or.

 

Benoît VAN CAENEGEM

Conservateur de la Collégiale Sainte-Waudru

et de son Trésor

[1] L’iconographie des hautes verrières du chœur laisse une place de choix à Marie, de l’Annonciation à l’Assomption.

[2] Léopold DEVILLERS, Mémoire historique et descriptif sur l’église de Sainte-Waudru à Mons, Mons, 1857, p.67-68

[3] Il s’agit d’un don, à la Fabrique de Sainte-Waudru, de M. et Mme Goessens de Virton.

[4] Emile Hoyaux a sculpté quelques-unes des actuelles gargouilles de la collégiale.

[5] Merci au Doyen André Minet pour les précisions à propos de cette iconographie de Marie.

[6] C’est toujours le nom porté par la chapelle qui donne accès aux sacristies.

[7] La statuette en ivoire et les deux statues polychrome du XVIe sont des dépôts au Trésor de la collégiale de l’UCLMons – Trésor des Sœurs Noires – Fucam.

[8] Don de l’abbé Jean Huvelle (1925-1984) qui fut conservateur de la collégiale Sainte-Waudru de 1958 à 1984.

[9] Pour des questions de conservation, le livre d’heures n’est plus qu’exceptionnellement ouvert. Seule sa reliure de cuir est visible, couverture sur laquelle on voit, entre autres, sainte Marguerite et un dragon.

[10] On peut espérer qu’un jour la Fabrique de Sainte-Waudru aura les moyens financiers de faire restaurer les trois bannières afin qu’elles reparticipent à la procession.