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quelques œuvres de la collégiale Sainte-Waudru

Mon beau sapin, roi des forêts, que j’aime ta verdure ! Quand, par l’hiver, bois et guérets sont dépouillés de leurs attraits. Mon beau sapin, roi des forêts, tu gardes ta parure. …

Minuit ! Chrétiens, c’est l’heure solennelle où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous. Pour effacer la tache originelle et de son père arrêter le courroux. Le monde entier tressaille d’espérance à cette nuit qui lui donne un sauveur. Peuple, à genoux, attends ta délivrance. Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur ! Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur !

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Les mots qui précèdent se font souvent entendre en période de Noël, mélange de sacré et de profane. Ils participent à la fête.

Dans la collégiale, sans être exhaustif et sans tenir compte des œuvres conservées au Trésor, la fête de Noël peut se lire toute l’année sur des œuvres, parfois encore créées du temps des chanoinesses.

Ainsi, dans le haut chœur de Sainte-Waudru, plusieurs verrières sont consacrées à la séquence de Noël : la Nativité (1581), l’Adoration des Mages (1514), la Présentation au Temple (1511), la Fuite en Égypte (1511). Elles sont précédées de deux vitraux dont les scènes principales sont l’Annonciation (1529) et la Visitation (1542).

Attardons-nous, pour commencer, sur la verrière consacrée à la Nativité. Celle-ci peut intriguer. Une scène d’une si grande importance tient en à peine 4 carreaux. Le reste de la verrière est laissé aux armoiries des donateurs. Le sujet religieux est construit comme suit : Marie, seul personnage auréolé de la scène, les mains jointes, est agenouillée devant son fils et suivie de deux bergers. Jésus est installé sur une étoffe posée sur ce qui pourrait être de la paille tandis que Joseph, s’appuyant sur une canne, observe la scène.  Dans le coin droit de la scène, l’âne et le bœuf complètent traditionnellement le sujet.

Si l’âne et le bœuf sont bien présents dans la droite de la scène représentée (comme c’est le cas dans de nombreuses Nativités), il ne faut pas oublier que les évangiles n’en parlent pas. Leur « apparition » vers le VIe siècle intervient dans l’évangile apocryphe[i] du Pseudo-Matthieu : « Le troisième jour après la naissance du Seigneur, Marie sortit de la grotte, entra dans une étable et déposa l’enfant dans la crèche, et le bœuf et l’âne l’adorèrent. Alors s’accomplit la parole du prophète Isaïe (1,3) : “Le bœuf a reconnu son maître et l’âne la crèche de son maître”. Ces animaux avaient l’enfant entre eux et l’adoraient sans cesse.  Alors s’accomplit la parole du prophète Habacuc (3,2) : “Tu te feras connaître entre deux animaux” ».

Notons également que la Nativité n’est évoquée que par deux des quatre évangélistes : Matthieu et Luc.

Cela étant, abordons la verrière suivante dont le sujet est l’Adoration des Mages. On y voit clairement les trois rois apporter leurs offrandes à l’Enfant Jésus.

Quittons les verrières du XVIe siècle et attardons-nous à une œuvre de 1758 localisée dans le transept : une grande peinture ovale, due à Jacques Joachim de Soignies et consacrée à l’Adoration des Bergers. On y voit cinq bergers, accompagnés d’un mouton, se prosterner devant l’Enfant Jésus source de lumière. Jésus auréolé d’or est assis sur un tissu posé sur de la paille et dont les bords sont tenus par Marie. Marie est assise légèrement en retrait de son Fils tandis que Joseph, les mains jointes, se fait très discret derrière eux. Cinq têtes d’angelots accompagnent la scène (deux à hauteur de l’Enfant et trois dans la partie supérieure où se devine la structure de l’étable dans laquelle tous se trouvent).

Ce même thème de l’Adoration des Bergers, mais avec de nombreux personnages plus richement vêtus, se retrouve dans une autre peinture de la fin du XVIe siècle qui fait office de tableau d’autel de la chapelle Notre-Dame du Rosaire.

La fuite en Egypte participe évidemment à la séquence de Noël. Ainsi, cette scène, outre la verrière de 1511, est représentée dans la verrière néogothique (1904) de la chapelle dédiée à Saint-Joseph (vitrail situé au-dessus de l’orgue de chœur) : Marie et Jésus portés par l’âne que conduit Joseph traverse une rivière sur un pont de pierre.

Dans la verrière de la chapelle de Notre-Dame des Sept Douleurs (1909), la Fuite en Egypte est évoquée par un moment de repos de la Famille dans un paysage où se voient des pyramides. Dans le retable en pierre de la même chapelle (1911), une scène sculptée dans la pierre figure le même sujet.

Ajoutons à ces œuvres un travail de 1898, le retable de la chapelle de Notre-Dame d’Alsemberg dans lequel est intégrée une représentation de la Nativité (mais le plus original du retable est le groupe sculpté qui représente Joseph apprenant le métier de charpentier à Jésus).

Quant à l’origine de la crèche, c’est dans les peintures (XVIe / XVIIIe siècles) consacrées à saint François (chapelle Saint-Michel) qu’il est possible de la deviner.

Mais la Noël pour la majorité des personnes, c’est une crèche installée bien en vue dans l’église. Dans le cas de la collégiale Sainte-Waudru, la crèche date de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. Les personnages sont rangés toute l’année au-dessus d’une armoire d’une des sacristies.

Ces personnages sont toujours les mêmes que ceux que l’on peut voir sur une carte postale ancienne qui situe la crèche de la collégiale dans la chapelle de Notre-Dame d’Alsemberg.

Dans la crèche alors photographiée, il y a plus de moutons qu’actuellement ; il y a un bâtiment qui abrite les statues ; il y a des palmiers et d’autres éléments végétaux.

Aujourd’hui, la crèche se limite à Marie, Joseph, Jésus dans sa mangeoire, trois bergers et trois Mages. L’ange qui surmontait les personnages existe toujours (probablement encore avec ses couleurs d’origine, plus pastelles que celles des autres représentations[ii]) même s’il n’est actuellement plus « mis en scène » (mais pourrait être réinstallé dans l’avenir au-dessus de la crèche).

Dans le texte qui précède, la naissance du Christ est présentée sous le nom de Nativité.  Ce mot n’est utilisé que pour parler de la naissance de trois personnes : Jésus (25 décembre), Marie (8 septembre) et Jean-Baptiste (24 juin) ; le Fils, la Mère et le Précurseur. Le saviez-vous ?

Et, comme à Noël, les chansons traditionnelles résonnent un peu partout, concluons en musique :

Il est né le divin enfant

Jouez hautbois, résonnez musettes

Il est né le divin enfant

Chantons tous son avènement …

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru

et de son Trésor

[i] Texte que l’Eglise ne reconnaît pas mais qui est source d’une abondante iconographie.

[ii] Les autres personnages de la crèche ont souvent été repeints.  Les personnages sont souvent victimes de coups lorsqu’ils sont exposés dans la collégiale (coup très souvent involontaires).  Il est donc indispensable de souvent les repeindre afin que la crèche présentée soit belle à regarder.  Il faudra toutefois se demander si la crèche ne doit pas devenir une pièce du Trésor car témoin d’une époque et donc s’il ne faut pas la figer dans sa polychromie d’aujourd’hui sans plus y apporter de modifications.