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N’ont jamais changé de nom !

Si l’on demande à de nombreux montois quelle chapelle de la Collégiale est dédiée aux fonts baptismaux, la réponse devrait être facile. Les chapelles de Saint-Ghislain et de Saint-Pierre devraient également être trouvées aisément. La chapelle du Crucifix, ce sera vraisemblablement déjà plus difficile.

Mais si on demande où se trouvaient les chapelles dédiées à saint Paul, à saint Luc, à saint Firmin, à saint Laurent, à Notre-Dame du Soleil ou de Carnière, … la réponse risque fort d’être « Je ne sais pas », « ça n’a jamais existé » … Et pourtant …

Ainsi au fil du temps de nombreuses chapelles ont changé de nom. Quelques-unes ont gardé, et conservent encore, leur nom d’origine : c’est le cas des chapelles de Sainte-Aye (10), de Sainte-Marie-Madeleine (11), de Sainte-Aldegonde (13), de Notre-Dame de Tongre (15), de Saint-Roch (20) et de la Sainte-Face (27). Soit six chapelles sur les 29 que compte la collégiale gothique.

Vingt-trois chapelles ont donc vu leurs noms évoluer au fil du temps.  Soit par la création ou la suppression de confréries, soit en raison d’une dévotion particulière d’un donateur, soit par dévotion populaire (un saint peut avec le temps devenir plus « populaire » qu’un autre). Un tour de Collégiale, en suivant en grande partie les indications fournies par Léopold Devillers en 1857, s’impose.

Ainsi l’actuelle chapelle Saint-Pierre (1) a porté le nom de « Saint-Amand » (un des conseillers spirituels de sainte Waudru) et peut-être aussi de « Saint-Séverin ». L’actuel autel de la chapelle avait été donné par Amand de Rumigny pour la chapelle Sainte-Marguerite (Attacat). Il y a été installé au début du 19e siècle de même que la pierre tombale d’Amand de Rumigny (visible sur le côté gauche de l’autel).

La chapelle de Saint-Alphonse de Liguori (2) était autrefois dédiée à saint Paul (depuis au moins 1621). La confrérie de Saint-Cornil, patron des tailleurs, y avait aussi sa statue et ses reliques.

La chapelle des Trépassés (3) était dédiée avant la révolution à saint Jacques le Majeur (fondation remontant à l’église romane). Saint Philippe fut aussi vénéré dans cette chapelle.

Celle de Saint-Hilaire (4) portait le nom de « Notre-Dame du Soleil ou de Carnière », ancienne fondation établie par la chanoinesse doyenne du chapitre en 1260. La confrérie de Saint-Hilaire, transférée de Saint-Germain, y a trouvé place en 1802. Sainte Barbe était également vénérée en cette chapelle au milieu du 19e.

La chapelle dite de Saint-Macaire (5) depuis 1803 portait avant l’appellation de « Saint-Barthélemy », patron des tanneurs. Du temps du chapitre, saint Macaire avait son autel intégré au jubé réalisé à l’entrée du chœur par Jacques Du Broeucq.

L’actuelle chapelle des fonts baptismaux (6) était autrefois dédiée à saint Jean-Baptiste (il est toujours représenté sur le tableau d’autel). C’était via cette chapelle que l’on accédait, la semaine sainte, au Sépulcre installé dans la pièce attenante à la chapelle.

Celle dédiée à Saint-Eloi (7) l’était à Saint-Luc (patron des peintres) de 1518 à 1525. En 1525, Gérard de Marbaix obtient la chapelle (dans laquelle se trouve toujours la pierre tombale de son couple) qu’il dédia à saint Gérard, nom qu’elle prit jusqu’en 1717. Les orfèvres obtinrent alors la chapelle qui depuis se nomme chapelle de Saint-Eloi.

Depuis le début du 20e siècle, Saint-Joseph a pris possession de la première chapelle du déambulatoire nord (8). En 1803, elle avait été dédiée à Notre-Dame du Mont Carmel. Avant la Révolution française et depuis au moins 1495, c’est sainte Barbe, sainte patronne des charbonniers, qui était titulaire de la chapelle, probablement à la demande des chanoinesses.

La chapelle connue désormais sous le nom de Saint-Vincent (9) a retrouvé son nom d’avant 1803, qu’elle avait perdu au 19e siècle quand elle avait été attribuée au Sacré-Cœur de Jésus. Du temps du chapitre, c’était la chapelle des manufacturiers dont saint Vincent est le Patron.

La chapelle attribuée à Saint-Ghislain (12) ne l’est que depuis 1807 et l’installation d’une statue en terre cuite représentant le saint accompagné de l’ourse et de l’aigle (statue, par Josse Le Riche en 1807, désormais exposée dans la chapelle dédiée à saint Macaire). Du temps du chapitre, saint Firmin était le titulaire de la chapelle où chaque dimanche des donations (pain, viande ou poisson) étaient, suivant une fondation ancienne, faites à treize pauvres.

La chapelle du Crucifix (14) avait été appelée « de la Sainte-Croix » jusqu’au moins 1857 (avant d’être brièvement nommée « du Sacré-Cœur de Jésus »). Une fondation de deux messes par an y existait depuis le début du 17e « en l’honneur de l’Exaltation de la Sainte-Croix ».

Notre Dame des Sept-Douleurs (16) remplace depuis environ 1630 la chapelle de Saint-Jean l’Evangéliste qui existait déjà dans l’église romane. Le nom actuel de la chapelle fut probablement rendu évident, outre les diverses fondations crées au début du 17e siècle, par la présence du « monument funéraire » de Jacques Farcy, décédé le 15 août 1630, dont la peinture, volée la nuit du 1er au 2 juillet 1980, représentait Notre-Dame des Sept-Douleurs.

La chapelle de Sainte-Waudru (17) fut dédiée de 1803 au 20e siècle au « Saint-Nom de Jésus » dont la confrérie avait été transférée de la Collégiale Saint-Germain. Du temps du chapitre, c’était la chapelle de la « Sainte-Trinité ».

Celle qui apparaît moins lumineuse que les quatorze autres chapelles qui entourent le déambulatoire est maintenant la chapelle du « Saint-Sang » (18). Saint-Christophe était son nom probablement jusqu’en 1849 quand elle fut attribuée à la société « Saint-Vincent de Paul » avant d’être réattribuée au Saint-Sang (probablement à la suite de l’installation d’un vitrail sur ce thème).

La chapelle qui donne accès à la sacristie (la seule chapelle de la Collégiale qui n’a pas de marche) est sous l’invocation de Notre-Dame de Toute Puissance (19) ; avant 1803, c’était la chapelle du Saint-Sang. Quant à l’appellation « Notre-Dame de Toute-Puissance », elle résulte de l’arrivée de la statuette (aujourd’hui disparue) de ladite sainte lors de la suppression de la chapelle de l’hospice des Kanquennes.

Saint-Jacques le Mineur était à l’origine titulaire de l’actuelle chapelle connue par la suite comme étant celle des « Saints François et Michel » (21). La corporation des drapiers (sous l’invocation de saint François) en fut titulaire dès 1503 avant d’être remplacée par celle des épiciers (sous l’invocation de l’archange saint Michel). La vie de saint François est représentée sur les boiseries gothiques tandis que la statue de l’archange saint Michel domine le retable.

La chapelle des Féries (22) fut anciennement appelée « chapelle de la Conception et des Féries ». Au 19e, elle prit le nom de « Notre-Dame et de saint Joseph ». Depuis la fin du 18e siècle, la corporation des charpentiers et des maçons, sous l’invocation de saint Joseph, avait son siège dans cette chapelle dont le retable gothique est un travail exceptionnel.

Le chef de sainte Waudru est conservé dans la chapelle (23) de Saint-Donat (nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit de la chapelle « Sainte-Waudru ») qui jusqu’en 1803 fut dédiée à saint Etienne avant, au 19e, de l’être conjointement aux saints Etienne et Donat. Le buste de Saint-Donat (aujourd’hui conservé au Trésor), transféré de la Collégiale Saint-Germain et installé en Sainte-Waudru au début du 19e, y était exposé jusqu’au milieu du 20e siècle.

La chapelle qui permet d’accéder à la chapelle de semaine est la chapelle « Saint-Jean-Baptiste de la Salle » (24). En 1894, elle est citée comme étant la chapelle des saints François et Mathieu ; avant 1894, elle est connue comme la chapelle de « Saint-Mathieu » et abritait alors la confrérie des menuisiers. Cette chapelle fut proposée à la Confrérie de la Miséricorde (les Beubeux) au tout début du 19e siècle.

Notre-Dame d’Alsemberg dispose de sa chapelle (25) depuis la réouverture au culte de la Collégiale en 1803. Elle a pris possession de la chapelle dédiée à sainte Bonne jusqu’à la Révolution française. Du temps du chapitre, la confrérie de Notre-Dame d’Alsemberg pouvait disposer de l’autel dédié à saint Blaise.

Saint-Yves (26) a remplacé Saint-Claude dans la chapelle suivante à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. Plusieurs fondations liées à saint Claude y avaient été créées aux 16e et 17e siècle. Il ne subsiste rien des éléments décoratifs qui avaient été donnés alors.

La chapelle paroissiale ou du Saint-Sacrement (28) a peut-être été dédiée lors de sa construction à saint André ou à sainte Agnès qui y possédaient des autels : celui de saint André fondé en 1240 par une chanoinesse de Harveng et celui de sainte Agnès fondé en 1168 (donc les deux fondations ont été transférées d’une église romane).

Quant à Notre-Dame du Rosaire (29), lors de son arrivée à la Collégiale le 7 octobre 1804, elle prend possession de la chapelle dédiée jusqu’alors à saint Laurent, fondation qui remontait à 1321, donc dans l’église romane, à l’initiative de Jeanne et Marie de Werchin, toutes deux chanoinesses.

Pour être complet, il faut ajouter que, peut-être encore en 1857, quelques autels étaient installés dans le transept. Les saints qui y étaient vénérés ne disposaient donc pas de chapelle à leur nom dans la Collégiale. Mais un autel à proximité du jubé de Du Broeucq n’était certainement pas moins prestigieux.

Deux autels sont dans le cas. L’autel de Jésus Flagellé (transept, à gauche) qui fut aussi attribué à saint Blaise et près duquel a longtemps été exposée la statue de Notre-Dame d’Alsemberg. Il en va de même pour l’autel de Notre-Dame de Grâce (transept à droite) autrefois dédié à saint Marcoul (patron des merciers et toiliers). La statue de Notre-Dame de Grâce, unique rescapée des treize statues qui décoraient les niches extérieures du chœur, y a été exposée après 1803 (ce qui explique le nom de l’autel) avant d’être présentée dans l’actuelle chapelle Saint-Eloi.

En conclusion, il est évident que le nom de la plupart des chapelles de la Collégiale Sainte-Waudru, vingt-trois sur vingt-neuf, a souvent varié au fil de l’histoire.

L’Eglise, les mentalités, la piété populaire, … évoluent et les noms des chapelles ont suivi le mouvement. Un saint populaire aujourd’hui ne le sera plus forcément demain.

Et les noms des chapelles changeront certainement encore plus d’une fois … tandis que la Collégiale, lieu de culte avant tout, restera toujours dédiée à la patronne de Mons : sainte Waudru.

 

 

 

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru

et de son Trésor