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de sainte Waudru dans la collégiale

 

Dans le panégyrique qu’il lit au cours de la descente de la châsse[i], le doyen de Sainte-Waudru évoque les parents de la patronne de Mons : « Vers l’an de grâce 620, naquit à Cousolre, près de Beaumont, Waldetrude, fille de Walbert et de Bertille. Son père, de haute noblesse, administrait les domaines du roi des Francs Clotaire II. Élevée dans la foi, elle eut pour sœur la bienheureuse Aldegonde, fondatrice de l’abbaye de Maubeuge. ».

 

 

Comme leurs filles, Walbert et Bertille seront élevés sur les autels et leurs restes sont aujourd’hui gardés dans une châsse du XVIIe conservée dans l’église de Cousolre. Le 21 novembre 2015, à Cousolre, les ossements des parents ont fait l’objet d’une reconnaissance officielle sous la présidence de l’archevêque de Cambrai, Mgr François Garnier. Le contenu de la châsse a été retiré en vue d’analyses scientifiques. Les reliques ont été réinstallées dans la châsse le 10 juillet 2016. Deux coffrets distincts contiennent désormais l’un les reliques de saint Walbert, l’autre celles de sainte Bertille.

La collégiale Sainte-Waudru ne possède qu’un petit sachet de papier sur lequel sont inscrits les mots « du père et de la mère de ste Waudru (deux petits os) »[iii]. Les parents de Waudru ne semblent donc pas avoir fait l’objet d’un culte particulier à Mons.

Notons cependant qu’en 1988 et en 2012[iv], la châsse des reliques des saints Walbert et Bertille a participé à la procession du Car d’Or en compagnie des reliquaires (ou statues) de leur fille Waudru conservé(e)s à Avrechy (France), Ciply, Frameries, Herentals, Mons, Nodebais et Soignies. Il en fut de même à plusieurs reprises lors de certaines processions organisées par le chapitre avant 1794 ; parfois même la châsse des saints Walbert et Bertille fut portée en procession sur le Car d’Or, près de la châsse de la patronne de Mons.

Si les reliques des parents de Waudru sont discrètes, les représentations de ceux-ci ne sont guère nombreuses dans la collégiale montoise.

Ainsi les parents de Waudru et d’Aldegonde sont représentés sur une peinture de 1577, sur un vitrail de 1897 et sur une chape (fin XIXe – début XXe).

La peinture de 1577 les représente en buste au-dessus d’un texte qui leur est consacré[iv].

  • Pour Bertille : « Ste Bertille, descendante de la cour de France, fème a Walbert Second, comte de haynault niepce[v] à saincte Wauldrud ».
  • Pour Walbert : « Walbert second, Comte de haynau noble prince pere a saincte Wauldrud ».

Sur le vitrail de 1897, Bertille et Walbert sont représentés pour Walbert en souverain couronné, et pour Bertille en personne pieuse (elle tient un ostensoir-cylindre) et charitable (elle remet un vêtement à un pauvre). Dans la même chapelle, au-dessus de la représentation familiale de Vincent, Waudru et des quatre enfants, une scène évoque la jeunesse de Waudru en présence de ses parents, Walbert et Bertille.

Et sur la chape dorée de la fin du XIXe ou du début du XXe, les parents de Waudru sont présentés, séparément, avec leur nom brodé au fil rouge dans l’auréole qu’ils portent chacun : « S. WALBERTUS » et « S. BERTILLE ». Walbert est présenté en prince couronné tenant de la main gauche son épée et vêtu d’une ample cape rouge sur une « armure stylisée » ; Bertille en princesse couronnée, vêtue d’un manteau dans les tons « rosés » sur une tunique ocre, et tenant un livre de la main gauche.

En ce qui concerne les enfants, il faut d’abord signaler que la collégiale montoise n’en possède aucune relique.

Dans le panégyrique de Waudru, les enfants sont à peine évoqués : « Mariée à Madelgaire, honoré plus tard sous le nom de saint Vincent de Soignies, elle mit au monde, selon la tradition, quatre enfants : deux filles, Madelberte et Aldetrude, et deux garçons, Landry et Dentelin ».

Au niveau de l’iconographie, les saints Aldetrude, Dentelin, Landry et Madelberte sont nettement plus représentés que leurs grands-parents, les saints Bertille et Walbert. Cela se comprend aisément quand on sait que les enfants sont devenus, avec le temps, les « attributs iconographiques » de leurs parents. Les deux filles sont quasiment toujours représentées avec leur mère, Waudru ; les deux fils avec leur père, Vincent.

Ainsi, les enfants des saints Vincent et Waudru sont représentés :

  • Sur une peinture de 1577 : les quatre enfants en buste (ou au berceau pour Dentelin) avec un texte les identifiant
  • Saincte Aldetrud vierge, fille de sainct Vinchien et Wauldrud, abbesse du Monastere de Maulboeuge. Sa feste se celebre le XXVIIIe janvier : patronesse des sourds, boyteux, aveugles et captifs.
  • dentelin filz des saincts Vinchien et Wauldrud, mort au berceau.
  • Sainct Landrie, evesque de Mets en loraine, filz S. Vinchien, son estolle, et l’os pricipal de son espaule gisent a Soignies.
  • Saincte Madelberte, vierge et abbesse de Maulboege, sœur a Ste Aldetrud : patronesse des sourds, boyteux, aveugles et abortifs.
  • Sur une verrière de 1897 : les quatre enfants avec Vincent et Waudru – image type de la famille.
  • Sur des chapes de la fin du XIXe ou du début du XXe : sur deux chaperons, Waudru et ses filles ; sur deux autres, Vincent et ses fils.
  • Sur une peinture de 1744 (au Trésor) : Waudru faisant la charité en compagnie de ses filles.
  • Sur un calice de 1627 : Waudru et ses filles ; Vincent et ses fils.
  • Sur quatre clefs de voûte : une dans la chapelle Saint-Roch – Waudru et ses filles ; une dans le déambulatoire en face de la chapelle Saint-Roch -Vincent et ses fils ; les deux premières clefs de la voûte du chœur – Waudru et ses filles / Vincent et ses fils.
  • Dans ce qui reste d’une statue de Waudru du XVIIIe : Waudru (ne subsiste que la tête) et ses filles.
  • Sur une peinture offerte en 1850 par la dernière chanoinesse en résidence à Mons, Mme de Spangen, et réalisée par Antoine Van Ysendyck[vi] : Waudru visitant les prisonniers en compagnie de ses filles.
  • Sur la couverture du livret des miracles utilisé lors de la dernière procession de la Trinité organisée par le Chapitre : Waudru et ses filles
  • Sur une verrière (1903) de la chapelle de Saint-Ghislain : les quatre enfants assistant à la prise de voile de leur mère en compagnie de leur père Madelgaire et de leur tante Aldegonde.
  • Sur l’extérieur des volets du retable de la chapelle de Saint-Ghislain, quatre grisailles : les deux filles, Aldetrude et Madelberte, sur un volet ; Waudru et Aye sur l’autre.
  • Sur la bannière de la paroisse : les deux filles et leur mère.
  • Sur la châsse contenant les reliques de la patronne montoise : Waudru et ses filles ; Vincent et ses fils.
  • Sur une statue du XVe : Waudru et ses filles.
  • Sur une statue du XVIe (FUCaM) : Waudru et ses filles.
  • Sur les médaillons (1764) que portaient les chanoinesses : Waudru et ses filles.
  • Sur le tableau de procession « miracle des Brasseurs : Waudru et ses filles.
  • Sur un parchemin peint consacré au cierge pascal de 1960 : Waudru et ses filles.
  • Sur une croix de 1589 (dépôt de Notre-Dame de Messines au Trésor) : Waudru et ses filles.

Dans la collégiale Sainte-Waudru, les fêtes des saints Walbert, Bertille, Aldetrude, Madelberte, Landry et Dentelin passent inaperçues. De même que celles de saint Vincent et de sainte Aldegonde. Ces saints de la proche famille de Waudru étaient ou sont fêtés aux dates suivantes : Walbert et Bertille le 11 mai ; Aldetrude le 25 ou le 26 février ; Madelberte le 7 septembre ; Landry le 17 avril ; Dentelin le 16 mars et le 14 juillet.

C’est donc toute une famille qui a été élevée sur les autels ; en n’oubliant pas saint Vincent, fêté le 14 juillet (et le lundi de Pentecôte) et la sœur de Waudru, sainte Aldegonde, qui est fêtée le 30 janvier.

 

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru

et de son Trésor

 

[i] Texte de la version actualisée en mai 2018.

[ii] Les reliques étaient probablement déposées dans un reliquaire jusqu’à la Révolution française. Elles furent longtemps conservées dans la châsse en cuivre doré offerte en 1924 par les Ursulines de Mons pour déposer les reliques profanées à la Révolution française.

[iii] La procession du 29 mai 1988 marquait le treizième centenaire de la mort de sainte Waudru ; celle du 3 juin 2012 marquait le quatorzième centenaire de sa naissance.

[iv] Les textes repris du tableau sont les actuels qui ont été modifié lors d’une « restauration » effectuée après 1953.

[v] Le mot « niepce » est une erreur de retranscription lors d’une restauration du tableau effectuée entre 1953 (sur la photo prise alors et conservée par l’IRPA on lit clairement le mot « mère ») et 2018 (photo prise par l’IRPA où figure alors le mot « nièce »).

[vi] Né à Anvers le 26 janvier 1801 et décédé à Bruxelles le 14 octobre 1875, il fut directeur de l’académie des Beaux-Arts de Mons de 1840 à 1856. A propos de la peinture, voir VAN CAENEGEM B., Une toile de Sainte-Waudru à l’exposition du cinquantenaire de la Belgique ? dans Annales du Cercle Archéologique de Mons, tome 83, 2016, p.383-389.